Sur l’une des étagères de la bibliothèque, j’ai fini, indécise, par m’attarder sur ce grand livre bleu, épuré, mystérieux. Je ne l’ai même pas ouvert. J’ai lu en diagonale la quatrième de couverture, je connaissais vaguement Sagan depuis que j’en avais lu le premier roman, ici il s’agissait d’une sorte de journal tenu par l’écrivain lors de son séjour dans une clinique spécialisée. Suite à un accident de voiture, elle s’est vue prescrire de la morphine, prise quotidiennement, jusqu’à en devenir « intoxiquée ». L’idée m’intéresse, je suis emballée, je prends.

L’intérêt clinique

Récit d’une lutte contre la dépendance, récit de ces journées trop longues, de ce besoin physique beaucoup trop douloureux. Des notes éparses, des feuilles blanches. J’ai toujours été assez attirée par cet univers. Longtemps je me suis intéressée à l’internement, à son histoire, à ce qui fut longtemps considéré comme une folie, à ce qui l’est toujours, à ce qui ne l’est plus. J’avais un intérêt marqué pour les manifestations de la dépression, leur traitement, leur vanité. J’ai pensé retrouver cela dans ce bouquin. De manière particulière, puisqu’il me permettait d’entrer dans la tête d’une personne qui le vivait, qui l’écrivait au quotidien. Saisissant.

J’ai retrouvé l’écriture de Françoise Sagan. Sa légèreté un peu grave parfois. Son besoin de sortir, de faire la fête, d’oublier. Et j’ai aimé lire son désespoir, enfermée dans un petit espace aseptisé où les horaires étaient trop réguliers, les gens trop lents, la vie trop vide. J’ai partagé ses craintes, sa mélancolie parfois. Son impression de servilité, la peur que tout cela ne s’arrête jamais. La peur de s’y perdre. L’angoisse de la sortie, ou de l’impossibilité d’une quelconque issue. J’ai aimé Sagan. Mais.

Un livre illustré

J’ai trouvé le livre trop chargé. J’ai trouvé que les illustrations, proposées par Bernard Buffet, desservaient totalement le texte. Ils l’écrasaient, le réduisaient à quelques lignes qui se noyaient sous des coups de crayons un peu grossiers, et m’ont rendu la lecture malaisée.

J’étais sans cesse distraite par ces corps nus à chaque page répétés, j’ai trouvé qu’ils n’apportaient pas grand chose au livre. Je suis pourtant une grande adepte du dessin, j’aime beaucoup l’illustration, mais je crois que pour ce type de livre, il ne doit pas se faire si envahissant. Et surtout, je n’ai pas été convaincue par ses propositions. C’est dommage, car l’idée était bonne, et m’avais d’abord séduite.

J’en garde malgré tout un assez bon souvenir, c’était une expérience intéressante, et le livre est si court que je l’ai terminé en un jour. Pourquoi ne pas se laisser tenter ?

Publicités