Après la musicothérapie et l’art thérapie dont le développement est attesté depuis plusieurs années déjà, la bibliothérapie a le vent en poupe. Petite présentation d’un concept à la mode, moins novateur qu’on ne pourrait le croire.

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Qu’est-ce que c’est ?

La thérapie par les livres. Etymologiquement simple à comprendre, l’idée est donc de soigner par le livre. Mais soigner qui, quoi, et surtout : comment ?

Cette discipline paramédicale nous vient tout droit du monde anglo-saxon. A Londres en effet, les praticiens de la School of Life prescrivent carrément des livres sur ordonnance, et il se pourrait que ceux-ci soient prochainement remboursés par la sécurité sociale (ou leur abonnement à la médiathèque du coin, plutôt). De quoi faire rêver les bibliophiles du monde entier.

L’idée au principe de tout cela est que le livre est un outil efficace lorsqu’il s’agit d’apaiser les troubles de la santé mentale légers – entendre par là les troubles anxieux ou de l’humeur, les épisodes dépressifs, les troubles du sommeil etc. Des études ont même été menées sur le sujet mettant en avant les effets bénéfiques de la lecture sur le cerveau : Maja Djikic, de l’université de Toronto, s’intéresse ainsi depuis un certain temps à la manière dont la lecture affecte le développement des personnalités concernées .

Si la discipline est moins connue en France, arrivée plus tardivement, elle se développe considérablement depuis une vingtaine d’années. Le terme est même entré récemment dans le dictionnaire, et surtout de nombreuses activités se développent autour de cette idée « nouvelle ».
En 2003 par exemple, l’Association française de bibliothérapie a vu le jour. Si vous voulez en savoir davantage sur la discipline, je vous conseille d’aller jeter un oeil au site qui en fait une présentation un peu plus consistante. Celle-ci s’intéresse, en quelques mots, « aux effets que la lecture a sur le corps, la psyché, l’esprit ».
Mais au delà de la théorie, la bibliothérapie a trouvé sa pratique. Des stages existent même depuis 2014. Proposés par Régine Detambel, ils accueillent le personnel intéressé par cette idée, parmi lesquels figurent notamment des libraires frustrés de conseiller des ouvrages sans jamais aller plus loin dans la démarche d’accompagnement.

Comment ça marche ?

Cette pratique consiste, selon le dictionnaire, en « l’utilisation d’un ensemble de lectures sélectionnées en tant qu’outil thérapeutique en médecine et en psychiatrie ».

Pierre-André Bonnet, auteur d’une thèse présentée en 2009, explique :

« Les bons livres nomment les choses qui nous arrivent et nous affectent d’autant plus que nous ne les comprenons pas vraiment. Il y a des visions étincelantes de notre expérience que la littérature, et elle seule, est capable de donner ».

Ainsi certains praticiens font-ils le choix de recourir au livre comme à un nouveau média, outil idéal de prolongement de la relation thérapeutique. Pour Pierre-André Bonnet, le livre peut être « le chaînon manquant dans une prise en charge globale des patients ».

Les livres à prescrire sont divers, et tout le monde n’est pas d’accord sur ce point. Si aux Etats-Unis comme en Angleterre, les adeptes du self-help books sont nombreux, il semble que les français soient plus fidèles à la littérature classique : romans, biographies, fictions etc. En témoigne l’ouvrage de Régine Detambel, publié en mars 2015, Les livres prennent soin de nous, dans lequel celle-ci regrette le travail pré-mâché que constituent les ouvrages de développement personnel qui apportent des conseils de vie impersonnels et auxquels manque le pouvoir de l’expérience. A travers la littérature, le lecteur participe à des expériences qui lui parlent et effectue lui-même un travail d’adaptation. Régine Detambel mise davantage sur la capacité d’empathie du lecteur que sur sa compréhension de formules toutes faites dont elle conteste l’efficacité à long terme.

Un débat ancien

On ne peut pourtant pas parler d’une révolution. Ces théoriciens comme ces praticiens, semblent avant tout remettre au goût du jour les affirmations passées, ces éloges oubliés de la littérature.

Pensons à Montesquieu, à Proust ou encore à Louis Aragon (« la lecture d’un roman jette sur la vie une lumière »). Tous reconnaissaient le pouvoir de la lecture sur leurs propres états d’âme, invoquaient le livre au secours d’une vie bancale. La bibliothérapie est en somme l’application systématique d’une pratique jusque là tacitement conseillée.

Le mérite de cette thérapie est de rendre officielle et presque institutionnelle les bénéfices de la lecture, et de la replacer au centre du débat actuel. Il faut y voir la volonté de redonner au livre ses lettres de noblesse, de lui assurer une pérennité que l’on a tendance à dire menacée. De quoi rouvrir les portes des bibliothèques, et ravir les libraires à la légitimité renouvellée.

Pour aller plus loin

La thèse de Pierre-André Bonnet, soutenue en 2009, est citée comme une référence en la matière.

Je vous conseille également celle de Sara Bédard-Goulet, consultable en ligne s’interrogeant précisément et en détails au « potentiel thérapeutique de l’oeuvre littéraire », mais surtout à la manière dont tout cela fonctionne.

En 1993 déjà, une étude canadienne menée par Françoise Alptuna s’intéressait à la bibliothérapie et notait sa fragile émergence en Europe et en France.

Et pour ceux que la lecture rebute  et que cet article n’a pas encore convaincus : un épisode de La Grande Librairie, diffusé le 16 avril 2015 sur France 5 peut être visionnée en ligne.

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