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DES VIES EN MIEUX – Anna Gavalda – J’ai lu – Paru en mai 2015 – 448 pages – 7,80 € – ISBN 978-2290115015

« Un petit garçon né à la toute fin du XXe siècle, à qui l’on a répété depuis qu’il est en âge de jeter ses papiers de bonbons à la poubelle que la nature souffre par sa faute, que les forêts disparaissent dans l’huile de palme de ses petits pains au chocolat, que la banquise fond quand sa maman démarre le moteur de leur voiture, que les animaux sauvages sont tous en train de crever et que, s’il ne referme pas le robinet à chaque fois qu’il se brosse les dents, eh ben, tout ça sera en partie à cause de lui.

Puis un élève curieux et conciliant que ses manuels d’histoire ont fini par décourager d’être né blanc, cupide, colonisateur, lâche, délateur et complice tandis que ceux de géographie ne cessent – année après année – de lui rabâcher les chiffres alarmants de la surpopulation mondiale, de l’industrialisation, de la désertification, de la pénurie d’air, d’eau, d’énergies fossiles et de terres arables. Sans parler de ceux de français qui finissent toujours par vous dégoûter de lire, à force de vous obliger à tout saloper – Relevez et ordonnez le champ lexical de la sensualité dans ce poème de Baudelaire, boum, terminus, tout le monde débande -, de langue, qui vous rappelaient d’une année sur l’autre how much you were ouna mayousoula Scheise et de philo, enfin, qui s’avéraient être un grand concentré de tout ce qui précède, mais en bien plus implacable . »

C’est pour ce genre de paroles bien pesées que j’aime cette auteure, que je la lis depuis ses premiers romans, que je la suis même si je sais qu’elle est loin de faire l’unanimité, qu’on la range plus volontiers aux côtés de la multitude de Marc Lévy qu’auprès des quelques chefs d’œuvre de la littérature française. J’ai fait une prépa littéraire et des études de lettres avant de m’en écarter tout doucement, Anna Gavalda n’y est pas vue d’un très bon œil, et pourtant je n’ai jamais cessé de savourer ses romans.

Celui-ci : Des vies en mieux, il m’a fallu du temps pour l’attaquer. Il m’a fallu trois jours pour en venir à bout.

La poésie des rencontres

Trois jours, pour trois récits, trois vies. Billie, Mathilde, Yann. 13 ans, 24 et 26 ans. Trois jeunes paumés, poussés à ce stade de leur vie à revenir sur les évènements du passé pour mieux se tourner vers l’avenir. Poussés à cela par une rencontre fortuite. Parce qu’il y a toujours des rencontres, chez Anna Gavalda. C’était Camille et son cuisinier dans Ensemble c’est tout, ce sera Charles et la jolie Kate, l’excentrique Kate perdue au milieu des enfants et des bêtes dans sa fermette du bout du monde avec La Consolante, ou encore Chloé et son beau-père, dans Je l’aimais. Des rencontres, des moments volés, enviés. Quand je tourne les pages des romans de Gavalda, j’ai l’impression d’être assise aux côtés des personnages, de partager mon vin avec eux, de les regarder rire, de les écouter raconter leurs angoisses, leurs questions, leurs hésitations. Souvent, ce sont des bilans. Souvent un événement plus ou moins radical vient pousser le héros dans ses retranchements, chamboule le quotidien d’un seul coup et met fin à une routine que celui-ci n’avait alors jamais interrogée. Et ce moment de réflexivité est toujours difficile, parce que le constat n’est pas heureux. Alors l’auteur nous balade, entre le présent de la narration et le passé de son personnage. Des allez-retours temporels qui nous conduisent, héros et lecteurs, à mieux appréhender l’avenir. Avec Des Vies en mieux, tout cela n’a pas loupé.

Le pouvoir de l’amitié en un triptyque 

Le livre se divise en trois parties donc, qui correspondent à trois récits focalisés sur un personnage en particulier. Il n’y a pas de rapport entre ces scénettes qui se suffisent à elles-mêmes. Mais chacune vient renforcer le sentiment qu’avait fait émerger la précédente. Billie vient des Morilles, chez des « gitans » qui n’en sont pas, elle a vécu dans la misère et dans l’anonymat jusqu’à sa rencontre avec Musset, et avec Franck, son camarade de classe. Et c’est une histoire de résilience par l’amitié que nous raconte l’auteure dans ce premier récit, le plus long du roman.

Le second raconte Mathilde, parisienne presque clichée qui perdra son sac en sortant d’un café, sac ayant appartenu à sa mère décédée, et qu’elle récupèrera grâce à un jeune homme dont la rencontre va bouleverser le quotidien.

Enfin, Yann, jeune breton émigré à Paris, en couple et en CDI, en sécurité en somme, mais résigné au possible, et on ne peut moins heureux. Sa rencontre avec Isaac et Alice Moise l’invitera à son tour à reconsidérer sa propre vie, et à adopter les changements nécessaires. A prendre les décisions qu’il n’a jamais osé considérer parce qu’elles mettent en péril le confort quotidiennement menacé par les nouvelles qu’on nous répète à longueur de journée. C’est de lui dont il s’agit, dans l’extrait qui introduit cet article.

Bibliothérapie ?

En refermant ce roman dévoré peut-être un peu trop rapidement, l’envie m’a prise, à mon tour, de faire le point sur ces années passées, comme sur l’ici-maintenant. Peut-être est-ce l’été, ces vacances un peu longues, loin de chez moi et loin du monde, peut-être est-ce l’âge, et cette dernière année avant l’obtention du fameux diplôme. Peut-être. Toujours est-il qu’en refermant ce livre m’a pris l’envie d’écrire. De réfléchir non pas au passé, mais bien à l’avenir. De le regarder en face mais surtout de le prendre à bras le corps, de lui donner une direction, celle qui me convient. Le temps des bilans est angoissant. Mais avec Anna Gavalda, il a toujours quelque chose d’excitant. La promesse de jours à venir aussi délirants que peuvent l’être les personnages de ses jolis romans.

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